sens et fonction, clefs de compréhension

Publié le par K.



Il existe une similitude entre l’art africain et l’art de la Grèce antique : l’utilisation de la statue comme simulacre du dieu est exclusive. Autre ressemblance avec l’art tantrique d’Inde où les signes sont la matérialisation d’un concept. Les objets conservent une fonction symbolique, même lorsqu’ils relèvent de l’artisanat. Nous sommes ici constamment confrontés à une recherche de l’absolu, à des formes abritant une pensée vivante qui descend dans les profondeurs de l’être. Il s’agit d’un art rituel qui s’exprime à travers les mythes, un mythe cosmogonique réservé aux seuls initiés, soit comme une forme allusive d’un concept, soit comme simulacre d’une idéologie sociale.


Les figures sculptées symbolisent l’esprit d’un dieu, et les masques constituent l’objet qui est en mesure de transporter l’être humain dans le domaine du surnaturel, au coeur même d’un rituel magico-initiatique.

Les représentations de héros, des divinités, des esprits, des ancêtres, le décor des sépultures et les masques destinés aux cérémonies des sociétés secrètes exercent des fonctions religieuses. Et curieusement, les objets du culte, les cérémonies rendues au souverain divinisé, les symboles de la hiérarchie ont des fonctions politiques.


On peut distinguer les rites religieux (cosmogoniques, mythologiques, légendaires), les rites de fertilité (les rites destinés à favoriser les naissances ou les récoltes ou, paradoxalement, les rites accompagnant les funérailles, les sépultures, le culte des ancêtres), les rites d’initiation comprenant des cérémonies religieuses ou sociales. Ces rites sont fortement imprégnés d’un sens magique.

 

Rites religieux. L’Afrique noire est en contact direct avec la nature et avec ses forces. L’irrationnel possède une valeur inaliénable, et la sculpture (statue, totem, masque) souligne la corrélation entre la matière et l’idéalisation de ses forces, entre le vécu quotidien et le mystère qui régit les vicissitudes de l’existence.

 

Rites de fertilité. La fertilité est en soi une union : du couple humain ou animal, du travail de l’homme avec la terre, des êtres vivants avec les défunts, du présent avec le passé. Les cérémonies d’inhumation se rattachent aux rites de fertilité, les forces vitales passant des ancêtres protecteurs aux descendants. Les morts protégeraient les vivants qui leur sont liés et qui, en les commémorant, les nourrissent et les vénèrent. Dans de nombreuses régions, les défunts sont les véritables propriétaires des terres, celles-ci n’étant fertiles que si elles jouissent de leur bénédiction.

Pour ces motifs, plus qu’en raison de l’attachement du vivant au parent décédé, les différents rites funéraires acquièrent une dimension fondamentale. Les masques ne répondent pas à un besoin esthétique, mais ils ont pour rôle de relier les vivants aux esprits. Ils permettent de corriger tout déséquilibre dans l’ordre de la nature, ainsi que les peurs liées à une existence précaire, pleine de dangers et de mystères. Les masques et la sculpture sont le point de jonction des forces, des aspirations, des souvenirs et des rites.


L’équilibre entre la vie quotidienne des vivants et celle des morts est préservée par une série de rites qui maintiennent un lien entre les deux mondes. Ces rituels comprennent notamment le recours à des statues et des masques sacrés, ainsi qu’à des objets-symboles. Ces derniers présentent des formes particulières, répondant à de schémas qui les rendent compréhensibles dans l’immanence et dans la transcendance. La sculpture d’Afrique noire peut, à ce titre être, considérée comme un grand livre sacré relatant l’histoire de chaque tribu.


Dans cette perspective, les funérailles sont comme l'occasion d'une grande exposition de l'art africain : danses publiques, utilisation massive des masques. A l'opposé, le culte des ancêtres est un rite intime, qui s'appuie sur des statues-totems, habituellement placées dans des huttes qui leur sont spécialement dédiés. Un même masque peut servir indifféremment aux rites de la fertilité, de la récolte ou des funérailles. C"est la raison pour laquelle des éléments traditions, des souvenirs historiques mythiques se retrouvent dans l'exécution de statues et de masques.


Ces considérations imposent une lecture particulière de l'image. Loin de correspondre à un simple plaisir de l'esthétique, cette dernière est le dernier témoin psychologique et magique de l'invisible. Pour les sculptures faisant référence aux esprits, invisibles, intangibles, l'artiste est contraint de créer des formes imprécises, relativement abstraites, tout en obéissant à une iconographie définie par la tradition. Cela explique l'extraordinaire dimension plastique de l'art africain et sa force expressive.


Cérémonies d'initiation et sociétés secrètes.  Les sociétés secrètes sont chargées de maintenir l'ordre, de faire respecter les lois et d'exercer le contrôle social et politique au sein de la collectivité. Chacun de leurs membres possède un masque-symbole qu'il porte lors des réunions. Le masque est conçu comme un intermédiaire entre la réalité et le surnaturel, et doit être à ce titre considéré dans un contexte global. Loin d'être un objet statique, le masque fait partie intégrante d'une chorégraphie. Les forces dynamiques de ses lignes contribuent à souligner l'action rituel dont il est l'élément essentiel.


L'initiation des adolescents comptait au nombre des activités essentielles de ces sociétés secrètes. Le passage à l'âge adulte impliquait la connaissance des valeurs religieuses et sociales. Des informations sur les mythes cosmogoniques, sur la fertilité et sur les obligations éthiques complétaient cette formation. L'éducation de l'adolescent visait à responsabiliser, et contribuait à son évolution psychologique. La cérémonie, qui se déroulait avec des masques appropriés, mettait en scène ce moment.


Fonctions sociales.  Les masques, représentations de la force créatrice de la nature, accompagnent l'être humain tout au long de sa vie: de la conception à la puberté, de sa vie adulte aux lendemains de sa mort. Les masques sont aussi portés par les membres de diverses tribus, chargés de multiples tâches au sein de la collectivité:  entretien des foyers dans les cases, réparation des conséquences de la foudre et de la pluie, protection des femmes enceintes, arrestation des voleurs.... Des masques de circonstance sont portés lors de la promulgation des lois et des règles sociales. Certaines tribus ont donné au masque le caractère sacro-social de la fonction qu'il symbolise, dépersonnalisant l'individu.

 


lire :

-> à propos des masques

-> introduction à la sculpture



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